5. Magie noire

Les concerts auront lieu sur quatre emplacements. Dans la grande salle de la Rodia, la scène principale. Sous l’escalier qui mène à la première terrasse, un espace de 100 ou 150 mètres carrés est dédié au Besac Sound System, à savoir : du gros son, des DJ, de l’électro, tendance techno hardcore. Et sur le parking, de l’autre côté de la Rodia, deux bals. Tibo me propose de l’accompagner, car il va vérifier avec le prestataire-loueur que ces espaces sont bien montés.

Ainsi, nous retrouvons Francis. Il nous accueille dans la première structure, qui a été baptisée Bal à fond, pour l’occasion. Pour ceux qui n’ont pas la référence, il y a un jeu de mot, un balafon étant un instrument de percussion africain.


© Jacky Schwartzmann

La structure est simple : il s’agit d’un parallélépipède en métal, d’une hauteur sous plafond d’à peine deux mètres. À l’intérieur, un parquet, qui a déjà supporté des millions de tonnes de viande saoule, des milliards de sauts à pieds joints, et des hectolitres de bière renversée. Juste sous le toit, à deux pans inclinés, ont été fixées des rampes en métal qui supportent des projecteurs. Au centre, le matos des ingénieurs du son est installé. Au bout du bal, la scène est à exactement 40 centimètres de hauteur. Assez pour que les musiciens soient visibles, pas trop, afin qu’ils ne se cognent pas la tête.

Je fais un brin de causette avec Francis, lui faisant remarquer que sa structure me rappelle les bals montés de mon adolescence, dans mon village, à Chaucenne.

Je me souviens qu’on appelait ça Magie Noire, les soirées Magie Noire. Je me souviens aussi que tous les hommes étaient plus intéressés par les canettes de bière en verre que par la musique, et qu’il était de bon ton de se foutre sur la gueule.

Certaines familles de ferrailleurs envoyaient à Magie Noire leurs meilleurs éléments : des bébés de 80 kilos, torses nus, qui ne venaient pas là que pour danser… Francis se marre. Les baloches, c’est sa vie, puisqu’avant lui, c’était son père qui les louait et les montait, un peu partout dans la région. Il se souvient :

– Gamin, mon père m’emmenait. Y avait pas de baby-sitter à l’époque. Eh ben vous savez quoi : mes parents me foutaient sous la scène, pour dormir.
– Nan…
– Juste au-dessus de moi, y avait le batteur, les zicos, les enceintes, tout le bazar. Et moi je dormais.

Francis ne dort plus sous la scène, il a repris l’entreprise familiale et dissémine, chaque weekend, ses sept structures, un peu partout dans le Grand Est, ça peut aller jusqu’à Nancy. Voilà, fin de la revue, les deux bals de Déto sont parfaitement montés, ils pourront accueillir chacun 400 personnes. Hâte de voir ça.


© Jacky Schwartzmann