12. Nique la police fluviale
La photo prise par le journaliste de l’Est Républicain est publiée dans l’édition du dimanche matin. Un article l’accompagne, bien sûr. Au réveil, je vois passer la chose sur Facebook. Et quelqu’un, un inconnu, qui a placé ce commentaire : « Le gaucho se lance dans la musique… » J’ai envie de répondre « et ta mère, fils de chien, elle se lance dans la musique ? » Ma femme me l’interdit. C’est la règle : ne jamais répondre. Ça me démange. Du coup je le fais là…

Capture d’écran de l’Est Républicain, édition du 27 septembre 2025
Je suis à 13 heures au catering, avec toute l’équipe. Déto, c’est fini. Certains se sont couchés tard cette nuit. Sandra demande à Albine, qui se pose en face de nous avec ses lunettes de soleil, si elle va bien. Albine répond : « On en parle plus tard, tu veux bien ? » J’adore.
Richard arrive à son tour. Il se marre. Il me demande : « Ça va le gaucho ? » On me chambre gentiment. Je suis habitué. Quand j’ai écrit mon roman Mauvais Coûts, un lecteur m’a reproché d’être filloniste. Au roman suivant, Demain c’est loin, on m’a dit que j’étais islamo-gauchiste. Plus récemment, avec Bastion, un type m’a dit que j’étais un suce-boule socialiste de droite. Si les cons formaient un jour un parti, tous ces gens seraient au bureau politique.
Voilà, c’est fini… On mange, on plaisante, je raconte le concert de Miki et mon coup de cœur, ouais c’est ma nièce, bien sûr. Ma nièce artistique.
Richard raconte que les pompiers sont venus, pour une gamine qui a dû gober des cachetons et qui était trèèèèèèèès émue. Ils l’ont emmenée aux urgences et sont revenus, ont demandé s’ils pouvaient écouter un peu les concerts, parce qu’ils ont trouvé ça fantastique. C’est peut-être le meilleur compliment que l’on pouvait nous faire.
Les chiffres ? Quatre mille spectateurs sur deux jours, 11 277 bières, soit 2800 litres. Lucho précise que les gens auraient pu faire mieux, ils ont été freinés dans leur alcoolisme par le froid. Une information sympa : il y a eu 700 verres de Pontarlier vendus, et 278 Suze-Tonic. Quel autre festival sur terre peut se targuer de vendre du Pontarlier et de la Suze-Tonic, hein ?

© Alexandre Bichard
Pour le café, je rejoins David Demange. Il y a six mois, on se rencontrait. Je suis tellement content d’avoir assisté à tout ça. Il le sait. Avant de partir, je lui demande s’il a bien fini, hier soir :
– Ça été pour toi ? T’as encore bu deux-cents bière sans alcool avec des mécènes ?
– Voilà.
– T’es rentré tard ?
– Et j’ai dû contourner la Citadelle. Normalement pour rentrer chez moi je prends le tunnel, en vélo, mais là y avait l’after…
– La quoi ? je demande, sidéré.
– T’es pas au courant ? À la fin de Déto, des mecs continuent la fête dans le tunnel. Ils apportent des groupes électrogènes, des platines, du gros son, et ça fait teuf techno. Avec les groupes électro, ça pue l’essence, ça fait de la fumée, y a de la suie sur les parois…
– Et la police ne fait rien ?!
– Ils ont pas le droit d’intervenir. Le tunnel, c’est un passage fluvial… La police nationale n’a pas compétence, c’est la police fluviale qui peut intervenir, mais les mecs sont à Dijon.
– Ah ouais, d’accord, le temps que les mecs arrivent en kayak…
– T’as compris.
– T’aurais dû passer par le tunnel, je dis. T’imagines ? Tu ressors de l’autre côté 7 heures plus tard, en slip avec un ecsta dans la tronche ?
David se bidonne. En tout cas, j’adore cette histoire de grosse fête dans le tunnel sous la Citadelle, qui représente un vide juridique. Et ce projet, pour l’année prochaine… y aller. Avec Éloïse qui prend le micro et lit l’horoscope aux teufeurs, pendant que Tristan leur slam dessus et que Death et Max assurent notre sécurité.
Il est 15 heures, je prends congé.
Les équipes doivent ranger la Rodia. Lundi, la vie normale reprend ses droits.
Et moi j’ai un festival littéraire à préparer !
On se retrouve à La Bookle, les 27 et 28 juin prochain…
FIN
